Culture, une année 2020 qui se termine mal

Après deux périodes de confinement sans spectacle vivant, alors que les salles de spectacle se préparaient à rouvrir, le gouvernement a décidé de reporter la décision de réouverture en janvier 2021.
Des manifestations se sont tenues dans toute la France le 15 décembre dernier. Organisées par les acteur.es de la culture, elles et ils entendaient protester contre la décision de laisser les lieux culturels fermés.
Les annonces du premier ministre du 10 décembre ont provoqué un élan de colère et d’incompréhension dans toutes les professions du spectacle et du cinéma. D’un seul coup, la promesse d’une demi-réouverture est devenue une prolongation de fermeture, au moins jusqu’au 7 janvier, et peut-être au-delà.
La méthode surprend et n’est pas acceptable : aucune concertation comme le recommande le conseil scientifique lui-même, aucune prise en compte des protocoles sanitaires très stricts mis en place dans les lieux de spectacle et de cinéma, ou consacrés aux arts visuels, aucune prise en compte de la mobilisation et du travail des équipes artistiques et des lieux qui ont oeuvré sans relâche pour être au rendez-vous !
Les lieux de culture ne sont pas traités équitablement avec les lieux de culte, aux conditions pourtant équivalentes en termes d’espace et d’accueil du public.
Face au mécontentement, la ministre de la culture a été dépêchée pour éteindre l’incendie en annonçant 35 millions € d’aides, un montant qui ne couvre pas l’ensemble des dégâts.
La CGT a apprécié l’intervention de la métropole et la ville de Lyon qui ont adressé un courrier commun au premier ministre «lui demandant de réviser sa position» sur le prolongement de la fermeture des lieux culturels.
Pourtant c’est bien une fermeture prolongée des lieux culturels à laquelle nous assistons. Si la ville de Lyon a continué de payer les salariés des structures culturelles et honoré les contrats qui avaient été signés avec les artistes, les intermittents font les frais de cette fermeture prolongée.
Qui sont-ils ? Un intermittent du spectacle est un artiste ou technicien du spectacle qui alterne des périodes d’emploi et de chômage. Il peut travailler pour un spectacle ou une production audiovisuelle (cinéma, télévision).
L’intermittent du spectacle est, par définition, précaire. Pendant ses périodes d’emploi, il est sous contrat de travail à durée déterminée dit d’usage (CDDU). Le CDD d’usage permet de s’adapter au caractère temporaire des tournées ou des spectacles avec différents employeurs.
Afin de pallier cette précarité, les intermittents ont un régime spécifique d’assurance chômage. Ce régime diffère du régime général d’assurance-chômage sur plusieurs points, et notamment sur la durée minimale requise de travail permettant l’ouverture des droits, plus courte, en contrepartie d’une allocation moins forte.
Ainsi, pour obtenir des allocations chômage, l’intermittent du spectacle, qu’il soit artiste ou technicien, doit justifier avoir travaillé 507 heures au cours des 365 jours précédant la fin du dernier contrat de travail.
En 2020, ceux qui avaient cotisé suffisamment longtemps pendant les périodes précédentes ont donc reçu des indemnités chômage. Ce n’est pas le cas de ceux qui démarraient ou reprenaient leur activité.
La mobilisation du monde de la culture depuis des mois, a permis d’obtenir un engagement de prolongation des indemnités jusqu’en août 2021 (décret n° 2020-928 du 29 juillet 2020 portant sur les mesures d’urgence en matière de revenus de remplacement des artistes et techniciens intermittents du spectacle).
Cette prolongation partait du principe que le travail reprendrait normalement en septembre 2020, et qu’ainsi les intermittents pourraient à nouveau cotiser un an pour ouvrir de nouveaux droits en août 2021 (« prolonger les droits un an après la reprise du travail » disait Emmanuel Macron le 6 mai 2020).
La non-réouverture des salles en décembre vient amplifier une catastrophe déjà en cours (en octobre Pôle Emploi annonçait déjà une baisse d’activité de 50 % pour l’ensemble des intermittents, baisse beaucoup plus importante pour les artistes … dans son enquête le SNAM-CGT annonçait en octobre que 55 % des musiciens intermittents pensaient ne pas avoir assez d’heures pour ouvrir de nouveaux droits en août 2021 malgré les mesures) , d’autant que cette réouverture serait partielle et ne concernerait pas les salles à jauge debout, et que d’autres secteurs dans l’événementiel ou la restauration, employeurs d’intermittents, ne sont pas non plus prêts de reprendre.


Ainsi la revendication des intermittents lors de ce printemps est plus que jamais d’actualité : il faut que les droits soient à nouveau prolongés et que la fin de cette prolongation soit fixée un an après la reprise réelle de tous leurs secteurs d’activité. Ils réclament également un abaissement du seuil d’indemnisation, pour que ceux qui étaient dans leur première année de travail ou ceux qui ont connu un accident de parcours, et qui n’ont donc pas d’indemnisation chômage actuellement – ni salaire faute de travail, soient rapidement indemnisés en tant qu’intermittents. Ils demandent aussi des mesures spécifiques à l’indemnisation des congés maladie ou maternité, également soumis à un nombre d’heures annuels impossible à atteindre aujourd’hui. Et enfin un fonds d’urgence pour financer leur travail aujourd’hui autorisé, mais impossible faute de moyens, à savoir les répétitions, créations, résidences, enregistrements …
Nous, CGT de la ville de Lyon, apportons tout notre soutien aux salariés de la culture et continuerons les actions pour que les mesures prises pour protéger la population du COVID ne se transforment pas en perte des revenus et des droits sociaux pour les travailleurs.

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