Des héros du quotidien

P’tain ! Je ne sais pas pourquoi je commence par ce mot mais c’est vrai p’tain !

P’tain que c’est dur … pas physiquement mais de voir tous ces gens âgés qui posent des questions : « On ne nous dit pas tout », « ça finira quand ? »…

P’tain la solitude due à l’éloignement, les comportements exacerbés par la vie de reclus. P’tain de maladie, la peur au ventre des résidents. Certains respectent à lettre et versent vers la paranoïa, d’autres jouent à « la grande vadrouille » toujours dehors, pour un oui, pour un non. Ça me rappelle mes années colo où l’on devait faire la chasse aux gamins pendant la sieste et à l’heure du coucher.

P’tain de découvertes. J’apprends de jour en jour. J’apprends à connaître le métier, moi et mes dogmes, je suis arrivé avec de grandes idées, des principes que je n’ai pas à renier et que je ne renierai jamais (j’espère – je pense). Mais c’est vrai quand tu n’es que gardien, agent d’entretien, et que tu te dis mais c’est aussi ça mon taf ?

P’tain parce que durant ma première semaine j’ai eu l’impression d’avoir fait mes classes comme à l’armée ; ne jamais arrêter ce boulot rébarbatif, les mains dans l’eau et les produits ménagers toute la journée, toujours un truc à faire, un truc oublié, surtout quand ce truc c’est potentiellement une personne …

P’tain parce que ce taf ce n’est pas que ça et je l’ai compris petit à petit … P’tain parce que ça peut être ennuyeux mais il s’agit aussi de prendre des initiatives à l’issue de discussions, qui au fur et à mesure donneront lieu à des projets avec les anciens, de ne pas les laisser tomber, d’avoir des préférences ou pire l’inverse.

P’tain parce que c’est une fatigue physique, certes un peu, mais surtout une fatigue mentale.

Et puis encore un gros P’TAIN parce que je fais mon malin à témoigner d’un taf qui n’est pas le mien, un taf que d’autres vivent tous les jours, s’attachent aux résidents, les voient partir …

Ces agents, qui quotidiennement sont le lien social de tous ces anciens, sont méprisés par nos gouvernants. Quand un mec (il y a plusieurs métiers et je ne les ai pas tous expérimentés) débouche un évier ou les chiottes, t’aide à te faire manger, nettoie, désinfecte, cherche à créer des activités, fait le lien avec entre l’infirmier, l’usager et les familles, s’ingénie à te garder en forme, est la personne sur qui tu peux compter, en dehors même du cas particulier aujourd’hui qu’est le covid, ne gagne que 1300 euros par mois et qu’on voudrait que ses agents bosse jusqu’à 65 ans pour ne par avoir de décote sur sa retraite, on se paie sa tête de tout le monde. Des agents tout d’abord, mais aussi des usagers, de leur famille. S’arracher du lit pendant 40 ans, garder le sourire quelles que soient les circonstances, car les résidents n’ont pas à subir leur mauvaise humeur, rester serein pour préserver la santé des résidents, et tout ça pour un salaire de misère ….

Les vrais héros ce ne sont pas les MBAPPE ou les premiers de cordée. Les vrais héros se sont eux.

Alors P’TAIN quand le confinement sera enfin levé, arrête d’applaudir et rejoint la lutte car elle s’annonce de plus en plus dure !

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