Presstalis en lutte !

Personne n’était dupe des promesses d’un monde d’après au doux parfum égalitaire et fraternel et nous étions nombreux à sentir, avant même le déconfinement, les mauvais coups venir. Dans la presse parisienne, la machine à broyer les salariés s’est enclenchée très vite et, depuis, elle ne fait que s’emballer

La distribution de la presse dans la tourmente C’est Presstalis (principale messagerie de presse française) qui a ouvert le bal des licenciements. Après avoir déposé le bilan en plein confinement, le groupe a été saucissonné et une partie des salariés a fini à la boucherie. Produit de la gestion catastrophique des éditeurs de presse quotidienne et de presse magazine, qui ont la particularité d’être à la fois actionnaires et clients du groupe – porte ouverte à toutes les dérives –, Presstalis était depuis longtemps dans une situation préoccupante.

Se livrant une guerre plus ou moins surjouée, la coopérative des quotidiens et la coopérative des magazines, qui n’ont eu de cesse de se renvoyer la responsabilité de la catastrophe annoncée, ne sont pas parvenues, après le dépôt de bilan, à proposer un projet de reprise commun, poussant le tribunal de commerce à prendre une décision irresponsable, à savoir le placement en redressement judiciaire du siège social et du dépôt de Bobigny (chargé de la distribution de la presse en Île-de-France) et la liquidation sans poursuite d’activité des deux filiales de Presstalis chargées de la distribution en régions, à savoir la société d’agences et de diffusion (SAD) et la Soprocom. Résultat ? 512 licenciements secs. Du jamais-vu dans cette profession.

En outre, la décision du tribunal a eu une autre conséquence directe : la mise à l’arrêt, du jour au lendemain, de la distribution de la presse en régions, d’autant plus que la SAD traitait aussi les flux du concurrent de Presstalis, les messageries lyonnaises de presse (MLP).

Bien sûr, les salariés de la SAD et leur syndicat, le syndicat général du livre et de la communication écrite CGT, ne se sont pas contentés de regarder le train passer.

Dès la demande de mise en liquidation, les salariés de la SAD sont entrés dans un conflit dur, long et éprouvant : occupation des dépôts, interpellation des pouvoirs publics, actions devant les préfectures et les permanences de députés, blocage des circuits alternatifs de distribution que les éditeurs ont essayé de mettre en place pour faire sans eux, etc. Les salariés de la SAD de Marseille et de Lyon ont également monté un projet de sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), pour relancer l’activité et sauver le plus d’emplois possibles.

Fin juin, des avancées notables avaient ainsi pu être obtenues, notamment avec l’engagement des deux messageries à faire passer une partie de leurs flux par ces SCIC. Des discussions sont également en cours avec les repreneurs qui se sont manifestés, avec pour boussole deux exigences : le maintien du salaire et la reprise du plus grand nombre possible de salariés.

Si cet épisode dramatique témoigne d’une chose, c’est bien que les patrons de presse sont incapables de distribuer leurs publications sans le savoir-faire des ouvriers du livre, mais qu’ils semblent déterminés à casser le statut et le système, quitte à priver de presse les trois quarts du pays pendant plus d’un mois.

Laisser un commentaire

Vous avez des propositions, des suggestions ou des réaction à apporter ? N'hésitez pas à commenter cet article...

guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments