P’tin 20 jours

20ème jour de confinement

Depuis le 17 mars, je suis en télétravail. Chez moi.

Installée, avec un ordinateur portable, à la table sur laquelle je prends mes repas. Je me suis rendue à mon bureau 2 fois depuis cette date, pour effectuer quelques tâches que je ne pouvais pas effectuer à distance.

Dès le début, je craignais cette période de confinement. L’enfermement me pèse. Moins par l’impossibilité de sortir, de bouger, que par celle de rencontrer mes collègues, mes camarades, mes amis, ma famille. Les contacts physiques me manquent.

Je passe un temps bien trop long en audioconférences, en discussion WhatsApp, … tout ça pour un résultat bien maigre, à mon goût. Et cela m’empêche d’apprécier, ensuite, les appels personnels à leur juste valeur.

Le mélange du temps « pro » et du temps « perso » est encore plus présent que d’habitude. Et l’urgence sanitaire nous a forcé à être hyper réactifs, donc, disponibles sans réelles limites. Les 10 premiers jours ont été une période de compliquée. Le mal de tête est présent, souvent. Le stress, toujours.

Petit à petit, je pose un peu plus de limite, et cadre mieux mes journées.

Cela dit, le confinement me pousse à la réflexion. Comme de nombreux de mes congénères, j’imagine.

Peser ce qui compte pour moi. Ce qui me déplait.

Il me confirme aussi que l’enfermement est une réelle punition. Et encore, j’ai à ma disposition un espace 10 fois plus grand qu’un prisonnier de notre belle république ! Et cette heure de sortie quotidienne … quelle étrange impression. Une telle solitude. Errer, seule, dans une ville déserte, ou presque. C’est étrange. Lugubre, et captivant, simultanément.

Rétention, Emprisonnement, Confinement, ça ne devrait être réservé que comme punition. Mais de quelle mauvaise action sommes-nous punis ? Si je pensais Karma, je dirais qu’à force de maltraiter la planète, elle nous met à l’amande, et cherche à se débarrasser de cette espèce qui l’empoisonne. Mais je suis un peu trop cartésienne pour ça.

Recluse. Pour je ne sais quelle raison, je suis recluse. Pour une pénitence que je ne voulais pourtant pas faire. Condamnée à être privée, sevrée de contacts directs. De caresses, de sourires, de baisers, d’embrassades, de partages. Même condamnée à ne pas pouvoir dire au revoir à mes amis qui décèdent. Cette période maudite les voit tomber plus vite que de raison. Ce n’est pas le virus qui les décime. C’est l’angoisse et le stress. C’est le confinement lui-même, sans doute. Crise cardiaque, AVC, … Punie donc doublement de leur perte et de ne pas pouvoir partager ma peine avec celles et ceux qui les pleurent, comme moi.

Quelle société civilisée empêche les siens de se réunir pour pleurer, mais les invite à continuer à « produire » ? Je veux pouvoir prendre dans mes bras mes amis meurtris. Je veux pouvoir être consolée par eux.

Et si jamais, le virus devait se repaitre de nos embrassades, au moins ne mourrions-nous pas seuls.

Peser ce qui compte pour moi. Ce qui me déplait, donc. Avec encore plus de nécessité puisque les morts s’enchainent. Savoir avec qui partager ma peine. Savoir avec qui ouvrir mon cœur, exprimer mes pensées, mes rêves, partager mes joies, aussi. Et les petits bonheurs du quotidien.

Ce « Jour d’après », que nombre appellent, espèrent pour une société plus juste lorsque la libération, la fin du confinement sera sonnée, qu’est-ce que j’en ferai, moi, pour ma vie ? Est-ce que je reprendrais tout au même endroit, sans rien changer ? Est-ce que je peux, je veux réellement changer des choses fondamentales dans ma vie ? en voilà, une question … avec la crainte d’y répondre. Un oui ou un non, les 2 m’effraient.

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1 Commentaire
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Nadine
Nadine
5 mois plus tôt

Merci pour ce retour et ces belles paroles !