Renfort au CCAS de la ville de LYON J+3

Jour 3, jeudi 02 avril :

L’infirmier n’est pas là, il prend sa journée covid 19. L’aide soignante,elle, ne sera là que le matin. L’agent d’entretien et l’aide soignante, étant de garde dans les résidences seniors où ils habitent, arriveront plus tard.

Çà c’est une des grandes trouvailles du CCAS de la ville de Lyon, de loger leurs agents loin de leur lieux de travail. Dans cette période de crise on perçoit bien que cette brillante idée n’est en fait qu’une énorme connerie…

J’attaque donc à 08 heures, avec la directrice. Le matin est un moment particulier : de nombreux résidents descendent au RDC pour prendre contact avec les agents, ils ont la bouche pleine de bonjours…

Les seniors nous réclament des bons de sortie afin faire quelques course. Puis c’est le moment des livraisons pour le restaurant ; ensuite les infirmiers libéraux qui viennent pour faire des soins et enfin arrivent les auxiliaires de vie de certains résidents. Bref nous n’arrêtons pas . Une fois que le coup de feu passé je récupère ma lavette et mon désinfectant et je file nettoyer les étages pendant que la directrice rend visite à chaque résident pour vérifier que tout va bien. L’aide soignante l’aide dans cette tâche. Les deux soignants font quelques toilettes aussi et font le ménage dans les chambres des résidents qui n’ont pas pas d’auxiliaire de vie et ne peuvent entretenir seuls leurs appartements.

Je désinfecte six étages, l’agent d’entretien, lui s’occupe de tous le RDC.

Une matinée bien chargée et riche de rencontres. On commence à me reconnaître et peut-être m’apprécier, l’après-midi me montrera que ça n’est pas le cas de tout le monde.

Midi arrive vite , l’aide soignante partant, et la directrice me sentant à l’aise avec les résidents me demande si je peux aider à servir les repas. Nous allons chercher les repas au restaurant qui est fermé actuellement . Cette résidence est une des rares où une association fabrique les repas sur place. Nous servons tous les résidents qui ont commandé des repas. Ils sont vraiment reconnaissants pour ce que l’équipe fait pour eux.

Je rencontre des résidents que je n’avais encore jamais croisés. Ils ne sortent jamais de chez eux. Pour moi qui ne suis pas habitué, c’est quand même un choc : ces personnes âgées vivent dans une grande précarité et une réelle solitude, je me sens impuissant.

Nous déjeunons avec l’agent d’entretien et la directrice. La discussion porte principalement sur l’arrivée du week-end de Pâques et la crainte de laisser pendant trois jours les résidents seuls. Pour la les soignants de l’équipe c’est hors de question, ils viendront travailler le lundi de Pâques quoi qu’il arrive.

Après le repas je remonte dans les étages pour les désinfecter. Ça sent la sieste, les téléviseurs sont à fond dans certaines chambres. J’arrive au bout d’un couloir je nettoie la poignée de porte d’un appartement dont l’occupant sort furieux que je fasse du bruit. Il m’envoie balader et me dit d’arrêter de me faire des films. Je me sens démuni, mais je ne vais pas lui rendre la pareille pour autant. Je ne suis pas pourquoi mais quand il me parle de film je pense à la chanson de Louis Chedid « quel est le nom du film ?» et je lui chante « quel est le nom du film ? Flash-back je regarde en arrière… », il me regarde ébahi et rentre chez lui.

Je termine mon travail et je raconte ma mésaventure à mes collègues qui me confient que ce résident a un lourd passé psy…

Je sors les poubelles et rentre à la maison.

Laisser un commentaire

Vous avez des propositions, des suggestions ou des réaction à apporter ? N'hésitez pas à commenter cet article...

guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments