Retraite: les 9 points qui mettent le feu aux poudres

1. Toi tu vas y perdre (oui, toi, personnellement)
Comment peut-on affirmer cela ? C’est très simple : nous serons bel et bien toutes et tous perdants.
• Les générations les plus proches de la retraite subiraient des mesures d’âge (report de l’âge de départ ou allongement de la durée de cotisation), imposées par une « loi-cadre ». Au lieu de les annon- cer immédiatement, le gouvernement les renvoie aux acteurs sociaux, tout en pré- cisant bien que s’il n’y a pas d’accord la loi les imposerait d’ici à 2021 !
• Les générations les plus jeunes subi- raient elles les reculs induits par le nou- veau système à points : le maintien de leur niveau de vie ne serait plus garanti, au contraire.

2. L’application de la réforme est reculée… mais pas la baisse des pensions
Les générations nées avant 1975 ne se- raient pas touchées par la réforme « à points », gardant l’ancien régime. Mais elles seraient fortement touchées
quand même avec les économies à court terme, et notamment par un âge d’équilibre fixé à 64 ans en 2027 au lieu de 62 ans aujourd’hui.
Toute personne qui partirait avant cet âge, subirait une décote, quel que soit son nombre d’annuités.
Le gouvernement souhaite nous faire penser que les générations précédentes seraient épargnées par la réforme, ce ne sera pas du tout le cas !

3. Les « garanties » en trompe l’œil : un écran de fumée aux airs de lacrymo …
Le gouvernement annonce que la valeur du point serait indexée sur les salaires, et fixée chaque année, en fonction de la situation économique et démographique, par les acteurs sociaux.
Ceci ne garantirait en rien le niveau des pensions, la part du salaire que chacun conserverait à la retraite. D’autant plus que le gouvernement annonce que l’âge d’équilibre à atteindre pour ne pas avoir de décote reculerait avec le temps, et as- sure clairement qu’« il faudrait travailler plus longtemps ».
Le gouvernement annonce une règle d’or pour que la valeur des points acquis ne baisse pas.

Problème : il existe une valeur du point par âge de liquidation et par généra- tion (départ à 62 ans valeur 40 centimes, 63 ans 52 centimes, 64 ans 55 centimes). Les salariés seraient donc contraints de choisir entre leur âge de départ et le montant de leur pension.
Le gouvernement communique avec in- sistance sur une pension minimale de 1 000 € pour une carrière complète en 2022. C’est déjà ce qui serait obtenu avec le système actuel pour une carrière complète au SMIC en 2022 : ce n’est donc pas une amélioration du système, et c’est sans rapport avec l’application d’un sys- tème par points. Et c’est surtout sans effet pour tous les salariés qui n’ont pas de carrière complète !
Le gouvernement explique que la prise en compte de toutes les heures travail- lées serait une grande avancée pour les précaires et notamment pour les femmes. Aujourd’hui, pour valider un trimestre, il faut avoir travaillé 150 heures SMIC, soit environ 12 heures par semaine (et moins si on est payé au-dessus du SMIC). Mais, la règle des 25 meilleures années permet de neutraliser l’effet des accidents de car- rière dans le calcul des pensions.
Avec la réforme Macron, ces périodes de précarité ne pourraient plus être évacuées pour calculer le montant de la pension et dégraderaient fortement les droits de celles et ceux qui auraient des périodes de chômage, de précarité ou de temps partiel.

4. On vous l’avait dit ! Il savaient tout prévu depuis le début
Le gouvernement a confirmé les prin- cipes centraux de sa réforme :
• Instituer une règle d’or et bloquer les ressources dévolues au financement de nos retraites à leur niveau actuel, c’est- à-dire 14 % de PIB. Quel est le problème ? Le nombre de personnes de plus de 65 ans va augmenter d’un tiers d’ici 2050 ce qui signifie que le niveau des pensions va s’effondrer.
• Transformer les pensions en variable d’ajustement. Le montant de votre pen- sion ne serait connu qu’au moment du départ en retraite. Cela dépendrait de la valeur du point qui serait déterminée au moment du départ en retraite et ajusté en fonction de l’espérance de vie, de la situation économique et démographique. Le montant de votre pension pourrait même baisser une fois que vous serez parti à la retraite, en cas de crise écono- mique. C’est ce qui s’est passé en Suède qui a un système similaire. Entre 2010 et 2014 les pensions des retraité.e.s ont baissé de 10 %. On passerait donc d’un système à prestations définies, où le ni- veau de pension est garanti, à un système à cotisations définies, où le montant des cotisations serait bloqué et où ce seraient les pensions qui s’ajusteraient à la baisse. • Prendre en compte toute la carrière au lieu des 25 meilleures années dans le pri- vé et des 6 derniers mois dans le public. Conséquence : celles et ceux qui auront une carrière ascendante seront parti- culièrement pénalisés … comme ceux et surtout celles qui auraient une carrière hachée avec du temps partiel et de la pré- carité.

5. Pour les femmes, c’est pire et ça se confirme …
Le gouvernement confirme les reculs sur les droits familiaux et les pensions de ré- version.
• Les pensions de réversion, qui bénéfi- cient à 90 % de femmes, ne seraient plus accessibles à 55 ans mais seulement à l’âge de départ en retraite (donc pour la majorité 64 ans), et les couples divorcés n’y auraient plus accès.
• Les majorations de 8 trimestres par enfant dans le privé (4 dans le public) pour les femmes et la bonification de 10 % pour les parents de plus de 3 enfants seraient supprimées. A la place une ma- joration de 5 % au choix des deux parents pour chaque enfant. Les projections ont montré que la quasi-totalité des mères y perdraient, y compris celles qui n’ont qu’un ou 2 enfants. Pour répondre aux critiques de la droite, Édouard Philippe annonce une majoration de 2 % supplé- mentaires pour les parents de plus de 3 enfants, a priori toujours au choix du père ou de la mère. Malgré cela, la perte par rapport à la situation actuelle serait toujours très importante pour les fa- milles de plus de 3 enfants.
• Le premier ministre annonce le main- tien de la validation des périodes d’in- terruption pour élever des enfants, mais seulement pour les familles de plus de 3 enfants, et sans préciser le nombre de points qui seraient validés.
Les 2 principes centraux de la réforme pénaliseront directement les femmes : • Avec la prise en compte de toute la carrière au lieu des 25 dernières années les périodes de temps partiel et d’inter- ruption pour charges familiales se paie- ront cash.
• Le gouvernement confirme qu’avec sa réforme il faudrait travailler plus longtemps. Pour les femmes, qui ont des carrières plus courtes que celles des hommes, c’est très pénalisant.

6. Les cadres seraient particulièrement pénalisés, au grand bonheur des fonds d’investissements
Le premier ministre a confirmé 2 me- sures qui vont particulièrement pénali- ser les cadres et renvoyer toutes celles et ceux qui ont les moyens d’épargner vers les fonds d’épargne retraite et la capita- lisation.
C’est bien l’objectif central de la réforme : permettre aux fonds d’investissements (Back Rocks…) de mettre la main sur l’épargne des Français et de l’utiliser pour spéculer sur nos entreprises et notre travail.
• 10 % des cadres ne vont plus cotiser sur l’ensemble de leur salaire. Jusqu’à présent, les cadres sup’ cotisent obliga- toirement pour la retraite jusqu’à huit plafonds de la sécurité sociale, soit 328 724 € annuels en 2020. Avec la réforme Delevoye, ils ne cotiseraient plus que jusqu’à trois plafonds soit 123 264 €. Une perte majeure de droits pour les intéres- sés, condamné·e·s à jouer une partie de leur retraite sur les marchés financiers (en se constituant une épargne dont les assureurs ne garantissent même pas la restitution). Une perte surtout pour le système de retraite par répartition qui serait privé de cette part des cotisations. Les chiffrages de l’AGIRC/ARRCO de- mandés par la CGT démontrent que la perte serait de 3 milliards par an à partir de 2021 et de 70 milliards en cumulé d’ici à 2040. Avec cette mesure, le gouverne- ment organise le déficit de notre système par répartition et offre un boulevard aux fonds d’épargne retraite, Black Rock en tête.

7. Pénibilité : de qui se moque- t-on ?
Le gouvernement confirme la fin de tous les régimes spéciaux et ainsi que de tous les dispositifs, hormis pour les professions en uniformes, qui permet- taient un départ avant 60 ans. C’est par exemple le cas dans la fonction publique pour les infirmières, les sages-femmes, les aides-soignantes, les égoutiers, c’est aussi le cas pour les marins, les chemi- nots…
Au menu, un départ au mieux à par- tir à 60 ans. Et encore, il faudrait avoir atteint des expositions maximales et donc n’avoir vraiment plus beaucoup de temps à vivre car :
• Les critères de pénibilité sont a minima et discriminants pour les femmes. Seuls 6 critères sont pris en compte : les acti- vités exercées en milieu hyperbare; les températures extrêmes; le bruit; le tra- vail de nuit ; le travail en équipes succes- sives alternantes ; le travail répétitif. Exit le port de charges lourdes, les postures pénibles, l’exposition aux vibrations mécaniques ou aux risques chimiques. Depuis la mise en place du compte péni- bilité dans le privé 75 % des salariés qui y ont acquis des points sont des hommes (source : Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes).
• Des seuils de reconnaissance dissua- sifs. Les seuils d’exposition pour valider des points sont très élevés. Pour les points liés aux températures, il faudrait avoir travaillé 6 mois de l’année (900 heures) dans des températures inférieures à 5°C ou supérieures à 30°C ! Pour partir à 60 ans il faudrait avoir été exposé pen- dant au moins 25 années à un facteur de risque ou pendant 12,5 années à plusieurs facteurs … Seule inflexion annoncée, le travail de nuit pour lesquels les seuils seraient abaissés, mais sans aucune pré- cision (actuellement il faut avoir travaillé 120 nuits par an !)
De l’aveu même du premier ministre, seul ¼ des aides-soignantes pourrait partir plus tôt, c’est-à-dire entre 60 et 62 ans, alors qu’aujourd’hui elles peuvent toutes partir à 57 ans !
Rappelons qu’en France :
• l’espérance de vie en bonne santé stagne à 63,4 ans en moyenne …
• l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 59 ans pour un ouvrier
• l’espérance de vie d’une infirmière est de 7 ans inférieurs à celle de la moyenne des femmes.

8. Vous avez envie de travailler plus longtemps ?
Le premier ministre a été clair : avec sa réforme, il faudra travailler plus longtemps.
L’âge de départ en retraite est aujourd’hui de 62,4 ans en moyenne, en prenant en compte les départs anticipés liés à la pé- nibilité et aux régimes spéciaux.
Avec la réforme du gouvernement, une décote de 5 % par an sera mise en place pour toutes celles et ceux qui partiront avant 64 ans (voire avant en cas de me- sure « paramétrique »). Aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers de per- sonnes qui partent avant 64 ans qui se- raient concernées par cette décote et ver- raient leur pension sévèrement rabotée. Le gouvernement confirme que cet âge pivot serait progressivement repoussé. Pour les 1980, l’âge sans décote est déjà prévu d’être 65,4 ans. Pour les 1990, ce sera 66,25 ans, et sans garantie du ni- veau de pension !
Mais cela ne signifie pas un départ à taux plein à 64 ans, loin de là ! Le vrai enjeu est dans la valeur du point. Delevoye nous indique qu’elle serait aujourd’hui de 0,55 € pour 1 point. Il faudrait donc au- jourd’hui cotiser en continu 43 ans pour pouvoir partir à la retraite avec 60 % de son dernier salaire (comme les hommes cadres aujourd’hui avec 41,5 annuités) ou 47,5 ans pour obtenir 66 % de son der- nier salaire (comme les femmes cadres aujourd’hui).
Cerise sur le gâteau, Delevoye nous an- nonce discrètement que cet âge pivot sera amené à évoluer en fonction de l’es- pérance de vie … sans réforme, grâce à la règle d’or et au système de pilotage automatique mis en place par le gouver- nement.
Pourtant aujourd’hui :
• 50 % des plus de 60 ans sont au chômage. Repousser indéfiniment l’âge de départ, c’est renvoyer vers le chômage toujours plus de seniors et abaisser d’au- tant le montant des pensions.
• Les progrès technologiques, la ré- volution numérique et l’intelligence artificielle et les nouvelles possibilités d’automatisation permettent des gains de productivité massifs. Sans réduction collective du temps de travail, cette ré- volution technologique se traduira (et ça commence déjà dans tout le secteur tertiaire !) par du chômage de masse. Al- longer la durée du travail est un non sens économique et social.
• L’espérance de vie en bonne santé stagne à 63,4 ans en moyenne … Autrement dit, avec la réforme Macron, la retraite, ce sera seulement quand on ne pourra plus en profiter.

9. Il existe d’autres solutions,mais ce gouvernement refuse de les entendre
Il va falloir crier plus fort que garantir l’avenir de notre système de retraite c’est possible !
Il est nécessaire de faire évoluer notre système de retraite pour prendre en compte les années d’études, répondre aux inégalités F/H et permettre des dé- parts anticipés du fait de la pénibilité.
Pour rétablir la retraite à 60 ans avec 75 % du dernier salaire, il y a de nombreuses sources de financement et notamment :
• Une hausse modérée des cotisa- tions suffirait à financer le retour de la retraite à 60 ans.
• La remise en cause des exonérations de cotisations sociales dont bénéficient aujourd’hui les entreprises sans aucune contrepartie en matière d’emploi et de salaire, et qui dépassent maintenant les 83,6 Mds d’euros. De même, une vraie politique de lutte contre la fraude aux cotisations sociales permettrait de faire rentrer au moins 10 Mds d’euros dans les caisses de la sécurité sociale, comme vient de le démontrer la cour des comptes.
• Sanctionner les entreprises qui ne pratiquent pas l’égalité salariale, en met- tant en place une sur-cotisation retraite pour toutes celles qui n’obtiennent pas 100/100 à l’Index égalité salariale

 

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