Triste et en colère de Francoise du Centre Hospitalier du Vinatier

Comment soigner ces gens qui se sentent déjà persécutés ou qui pensent qu’on va les empoisonner en leur interdisant de sortir ?

Comment aider ces gens qui ont envie de mourir en les faisant sortir de l’hôpital pour préparer les lits qui accueilleront les patients atteints du coronavirus ?

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Quel beau métier !

J’ai mal à la tête quand on ne trouve qu’à me dire que je ne devrais pas porter mon unique masque de la journée dans le cou, que je risque de le contaminer, alors que je n’arrive plus à respirer et que j’ai soif.

J’ai la nausée quand on dit à la télé que les soignants sont des héros. Je ne suis pas une guerrière mais une soignante !

J’ai la rage quand nos dirigeants nous flattent de peur qu’on quitte nos postes de travail. Ils ont oublié les gaz lacrymos quand on leur demande des sous pour juste faire correctement notre boulot ? Pas moi.

Ils ont oublié les économies de médicaments, de lits, de couches, de slips, de stylos, de couvertures qu’ils nous imposent ? Pas moi.

Ils ont oublié les multiples réorganisations qu’ils nous ont fait subir parce-qu’on peut faire mieux en étant moins nombreux ? Pas moi. 3 soignants pour 25 personnes hospitalisées en souffrance psychique ! De qui se moque-t-on ? De moi, de nous toutes et tous, patients et soignants.

Je suis triste et en colère de comprendre que jamais je ne pourrai faire mon métier avec fierté.

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